Partir...

Larguer des amarres rouillées par la peur du vide,

S'écarter de mon refuge Secure doux comme du coton, docile, complaisant

Détacher le pavillon blafard du mas qui me lie à la terre

Trouver dans cette quête le gout unique d'un "peut être"

Jeter du ponton avec rage mes certitudes, ancrages, mes "je sais" "toujours" "jamais"

Pour laisser place aux dérapages, perdre ma trace,

Sentir dans mon ventre cette sensation brulante de perdre pied,

Juste là, entre douceur et violence de n'avoir plus d'abris,

Succomber aux ravages du vide de ma mémoire..

Puis lâcher ma main de ta main, me sentir libre dans le chaos de la déroute,

Chaque pas réalisé m'éloigne de quelque chose, me rapproche de nulle part

Mon cœur explose de joie de ce bonheur éphémère à portée de regard ,

J'oublie les cartes, itinéraires, points d'eau, ravitaillements

Pour me centrer sur la seule quête de la douceur,

Celle que je respire à l'instant même où j'écris,

Que je sens pouvoir rencontrer à chaque seconde de ma vie, dans chaque corps que je vais étreindre...

Je laisse mourir à petit feu la pauvreté de mes peurs du lendemain,

J'abandonne tous mes costumes cousus par d'autres,

Et je laisse planer sur ma peau le seul habit qui ne blesse pas,

La rencontre d'une Autre qui n'est pas Moi...

Je scrute à chaque souffle la fragilité de ce qui fait battre nos cœurs,

La beauté bouleversante inscrite dans chaque cellule de nos âmes,

Et j'appelle à l' Amour de tout ce que je n'ai pas réussi à voir...

Le gouffre de mes angoisses creusé par ceux qui m'ont abandonnés, que j'ai abandonnés,

N'est plus qu'une mince brèche qui me sert d'abris en cas de grand vent.

Ce soir, demain, chaque regard croisé sera sous le signe de l' amour porté, et accueilli,

Je ne m'y agripperai pas comme à un radeau de survie,

Je me laisserai flotter au grés de leur mouvement,

Et comme une caresse sur ma joue qu'une douce main a osé me porter,

Si un visage s'arrête sur le mien, je l'inviterai à m' envahir sans bruit...

Partir de ce que je crois savoir pour greffer dans mon cœur l' immensité de ce que je ne sais pas encore...

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