de ma liberté....

de ma liberté....

5 ans, il y a 5 ans, et la douleur est toujours là, qui accompagne mes larmes, juste maintenant....

Je me souviens parfaitement de cet instant, cette seconde, lorsque nos corps se sont étreints, longuement, et brutalement séparés, mis à distance, abandonnés...

On n'abandonne pas un Homme libre... c'est juste moi qui me suis abandonnée, en ce jour d'aout 2010, à la frontière entre Tibet et Népal...

Titubante, mon sac sur le dos, je ne voulais pas me résoudre à te laisser là, comme une incision en plein milieu de mon cœur...2 pas, 3 pas, le corps entier à présent, ça y est, j'y suis et toi tu n'y seras pas...en territoire étranger....

Toi tu es de l'autre coté de la ligne, le mauvais coté, celui qui torture, celui qui tue, celui qui ment, manipule, assassine....et mon sang se déverse à te regarder sourire, comment peux tu....être heureux....

Une barrière nous sépare, les militaires sont là à observer chacun de nos gestes, et tu souris toujours, je t'en voudrais presque de cette légèreté....

On n'abandonne pas un Homme heureux, on l'envie...et je t'ai envié ce bonheur intérieur qui nous laissait partir sans larmes, sans souffrance, juste être là, témoin de notre départ.

Une dernière fois, postée devant la douane, j'ai planté mes yeux dans les tiens, j'ai crû mon cœur s'arrêter, s'asphyxier, bruler de rage...alors je me suis cachée, et j'ai crever de mes doigts glacés des poches de larmes amères...

A cette minute précise, je savais que le mot "liberté" n'aurait plus jamais le même sens, je savais qu'en me retournant, je trouverai le vide de ton absence...tu es reparti chez toi, dans ce pays admirable qu'aucun de nous ne peut libérer, s'en libérer....je me sens prisonnière de l'amour que j'ai pour lui, et toi libre dans cette prison qu'on t'impose...

A présent je sais que la liberté n'est pas les murs qu'on parvient à détruire, ni l'espace qui nous entoure, ni les frontières qu'on repousse, ni les milliers de kilomètres parcourus....la liberté, c'est celle de nos âmes, de nos pensées, de notre joie de vivre, de nos idées qu'aucun dictateur ne pourra incendier, abolir, répudier....

A toi, mon guide tibétain, le plus libre de nous tous réunis, le plus riche, tu resteras à jamais dans mon cœur, par tes rires d'enfant raisonnant encore dans ma tête, par ce sourire explosif qui transporte toutes les peines...

Je ne sais pas où tu es, ce que tu es devenu, je ne sais rien de toi, je sais juste ce que je te dois...

La valeur indéfinissable de qui nous sommes, les limites qui n'existent que par nous même, et l' Amour immortel de notre dernier regard....

Les larmes coulent, elles sont libres...elles aussi....

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