Evidemment

Je pourrai écrire un livre entier sur Toi, tes piqures acides, pénétrantes, tes aller-retour insolents, qui s'invitent au pire moment, quand tout semble calme, apaisé, une mer plate, une mer sans danger...

Et en baissant ma garde, elle se transforme en tsunami formidable, le ventre en ébullition, coupé en deux, écartelé, des vagues de dix mètres de haut qui me fracassent le crâne, les poumons gorgés d'eau, gorgés de douleurs, comme deux éponges assoiffées....les mains et les pieds ligotés, la noyade est proche....

Je pourrai écrire un roman sur Toi, récit de toutes ces larmes déversées, éreintées d'avoir été retenues...de ces moments de rage lorsque les poings serrés font mal, quand je me sens capable de détruire, pour tuer ne serait ce qu'une minute, la souffrance présente....quand plus rien n'a de sens, que la seule issue possible pour me séparer de Toi, est de m' engouffrer dans mes meilleurs souvenirs, m'y perdre, m'éteindre...

Je pourrai écrire mille poèmes sur Toi, tous tachés d'encre noir, creusés par la colère, car tu restes le maitre de mes pensées obscures, de mes peurs et de mes nausées, tu es celui qui me fait perdre pied, perdre mon Ame, le temps d'un souffle ou d'une éternité, tu es le seul que je ne puisse combattre car toi seul sait mieux que personne se cacher derrière mon cœur fragile...quand tu y parviens, le "trop tard" éclabousse, je suis dévastée...

Je pourrai inventer un film sur Toi, j'en visualise chaque scène, chaque dialogue cinglant, le moindre détail des tristes visages, des yeux évidés, de la sécheresse de leurs corps...

Je pourrai écrire mille chanson sur Toi, j'en connais toutes les gammes, les moindres soupirs, changements de rythme, le croches et double croches, je pourrai remplir des kilomètres de vide, de ces attentes inutiles d'un message, d'un clignement de cil, d'une phrase et ses trois petits points...

Je pourrai peindre le plus beau des tableaux qui porterait ton nom, tant les blessures sont riches d'inspirations, de perfection, je reconnaitrai chaque couleur et coup de pinceau les yeux fermés...

Toi, ce soir, tu t'appelles "le manque", et lorsque je te sens roder autours de moi, tel un rapace affamé, l'angoisse m'envahit...combien de temps comptes tu rester....

Debout sur mes deux pieds, ancrée dans la vie, j'en appelle à l'impermanence et je ferme les yeux pour que demain arrive vierge de Toi....

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