En apesanteur...

Un matin lumineux, un matin où tout est évidence,

Les odeurs des sous bois me transpercent de bonheur,

Je marche à pas lents, je marche à reculons,

Pour profiter comme jamais de ce temps amoureux,

Mes pas sur le sol laissent une trace légère,

Mon souffle transpire, fait soulever mes poumons, vibrations sourdes

Vibrations de vie, la fatigue ne m'atteint pas, mes jambes s'envolent

Les épines se soulèvent à mon passage, formant un lit douillet

Dans lequel je me blottirai bien, tel le silence dans le creux de mes mains,

Je lève la tête, croise celle d'une biche, arrêt sur image, quelle beauté infinie...

Le temps dans cette foret n'a plus aucune prise, il s'envole,

Me ramène à la nudité des choses, à la racine des mots,

A la chaleur des corps, à la rougeur des pensées interdites,

Je flotte, je me balance, droite, gauche, gauche, droite

Je laisse mes empruntes à chaque virage, je déguste l'effort,

Mon sang claque dans mon cœur, mon corps s'enflamme,

Pourvu que le sommet n'arrive jamais, qu'il se fasse amputer par l'orage,

Qu'il soit rayé de la carte, qu'il se transforme en Everest, impossible à atteindre,

Pourvu que le sommet se soit trompé, qu'il n'en soit pas un,

Que je puisse ancrer là mes deux pieds prés de cet arbre,

Me saouler de l'humidité matinale, réchauffer mes yeux du premier rayon de soleil,

Entourer mes bras autours de son tronc, penser à ces belles journées partagées...

J'attache mes yeux à chaque prairie rencontrée, chaque cours d'eau,

Je suis seule sur ce chemin escarpé, la douceur de ce jour n'a pas de prix...

Voilà le récit d'un matin enchanteur qui a fait couler sur mes joues

Des larmes d'amour, des larmes de joie, des larmes de vie....

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