"I was here..."

Arles, vendredi après midi, festival de la Photographie.

Je déambule entre les stands, mes yeux s'arrêtent, scrutent, dévisagent, les sons pénétrants accompagnent la douceur de ce lieu, habité d'une belle énergie, je m' allonge et je me laisse aller au voyage, les photos défilent, allure lente, certaines me parlent, d'autres non, tel le kaléidoscope de la vie...

Mes pas sont calmes, mon cœur grand ouvert, dans le partage, l'ouverture, la curiosité, mes bras embrassent, je me régale de ces lieux nouveaux, où respirent les Ames aventurières...

Nous dévalons les rues de la ville, carte en main, le jeux touristique en vaut la chandelle ! chaque lieu exposé est un nouveau voyage, apprécié ou non, peu importe, un voyage...vers moi même, vers les Autres, vers toi.... je me sens si légère, tellement habitée de ces lumières, ces histoires figées sur un mur et qui pourtant racontent tant de vie, de parcours, de sagas....chaque photo est habitée, je me laisse aller à imaginer la scène, 50 ans, 70 ans plus tôt, je pars sans bagage, et parfois je t'embarque avec moi, lorsque nos regards se tournent dans la même direction...

Des sourires, des moqueries, interrogations, admirations, des "bof" "ouah" "génial" "non" "beurk" "splendide" et puis, et puis....mon cœur qui flanche, s'arrête, mes yeux qui roulent, sortent de ma tête, ma poitrine me fait mal, mes mains se crispent, je lis, je relis, cette inscription "I was here" et je sens mes jambes fléchir, mon corps se raccourcir, les larmes sont là...

Une photo prise dans un camp de concentration, avec cette inscription terrifiante sur un mur "I was here", mais qui étais tu, Toi, et dans quel état étais tu lorsque tes mains appauvries ont gravé ces lettres, quel était ton nom, et ton âge, quels étaient tes amours, ton histoire, tes peines et tes joies, quels ont été tes dernières pensées, as tu eu peur, qu'as tu regretté de n'avoir pas fait...

Je ne me résigne pas à laisser mes yeux collés sur cette paroi, des relans de peur se tordent dans mon ventre, aucun mot ne sort de ma bouche, comme si j' y étais aussi, un tout petit peu....

Une main douce et chaude se pose sur mon bras, l'entoure, je la sens qui me console, qui me porte et accompagne mes larmes...cette présence calme ce profond chagrin, je reviens au présent, je reviens à la vie...

"I was here" restera gravé dans mon cœur, et encore aujourd'hui, à l'évocation de ces mots, un visage inconnu parvient jusqu'à moi comme si j'étais habitée de ce terrible passé ...

Mes pensées s'envolent en haut de cette montagne, et je dépose au pied de la croix ces quelques lignes en souvenir de Vous, chers Inconnus disparus un jour de grande folie....

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