Lacher-prise .....

La main d'une maman, dans celle de son enfant.

Doigts crispés. Les uns dans les autres. Aucun espace visible.

Les mains se collent, engluées, fusionnent.

Parfois se broient, inquiètes. Car un jour il faudra le faire.

Lâcher. Ce lieu sécure. Ce lieu d'amour et de paix.

Ou tout peut se jouer. Se dejouer . Tout est permis;

Par la force de l' Autre, les ondes qui transpercent la peau,

Décharges uniques de ce qui ne se raconte pas, mais se transpire...

Un jour il faudra lâcher. Cette prise. Ce rocher. Cette Ile insubmersible.

Lâcher prise. Quand je pense à ce mot, je pense à eux.

A cette maman, son enfant, à cette cruelle seconde quand la séparation aura lieu.

Comme une éventration; Un espace de perdition. Un trop plein de vide.

Une noyade passagère. Indispensable. Pour grandir. Etre libre.

Garder dans son corps la saveur de ces étreintes, y puiser l'essentiel,

L'odeur de la main de l' Autre, son épaisseur, sa moiteur, sa chaleur...

Lâcher prise. Mais lâcher quoi...

Des piliers sortis de terre, plus à leur place,

Des histoires remplies d'illusions,

Des fantômes bruyants de mensonges,

Des milliards de mots devenus inutiles, creux...

Voilà ce que je lâche !

Des rambardes de sécurité qui s'ouvrent au moindre coup de vent,

Des feux clignotants qui s'aveuglent au moindre danger,

Des chapelets de peurs, des angoisses hors de la vie...

Lâcher prise. Pour mieux agripper. Le moment présent.

Pour mieux se dépouiller du superflu, ne garder que la peau.

Le grain de peau, frissons piquants lorsqu'une main s'y attarde,

Des lèvres, un souffle, des mots d'amour.

Ne garder que les cris, de joie, de jouissance,

Lorsque le plaisir est à son comble, qu'il est devenu libre...

Ne garder que les larmes, celles de mes chagrins, de mes coups de cœur,

Ne garder qu'un pas, celui qui se fera en son temps, lorsqu'il sera temps...

Lâcher prise. Que de peurs aussi derrière ces mots;

Et si je lâche trop vite, trop fort,

Si tout explose, ou se brise, si je ne me relève pas, si j'en meurs...

Si je lâche et que le vide m'engouffre, m'avale, si Elle aussi me lâche,

Si la prise n'est pas fiable, la route déserte, le chemin une impasse,

Si ça me détruit...

Alors lâche quand même...

Car la Vie n'a besoin d'aucun fil en trompe l'œil, aucune illusion,

Juste besoin de foi et d'amour;

Je lâche prise. Mon cœur bat vite, bat fort, a peur,

Je l'entoure de mes mains, je lui ouvre la voie,

Je le laisse aimer, se laisser aimer, offrir, recevoir,

Je le laisse redevenir l' enfant qu'il a été

Insouciant et fou d'espoir...

Photo: Katmandou

Retour à l'accueil