Libre...

Je me souviens très bien de ce moment, lorsque j'ai posé sur la table du salon, ce livre...lorsque les larmes ont coulé, miraculeuses, libérées, comprises et entendues...

Enfin quelqu'un mettait des mots sur 45 ans de non vie, reculades, bousculades, dénis, abandons, douleurs infinies...je relisais à voix haute certaines lignes, certaines pages, cette vie pétrie de peurs, cette vie faussement jouée, même pas vécue, débranchée de tout, vidée de sens, cette vie n'appartenant à personne et pourtant, la sienne.....quand chaque seconde se refuse à battre, avancer, se déployer, quand chaque parcelle du temps qui passe est figée, démontée, clouée...

Ces peurs millimétrées, concentrées par milliards dans nos cœurs, nos mains, nos jambes, et notre tête, deviennent nous même, quelle étrange ressemblance...

J'étais donc cela, un tronc en béton, un énorme bloc de pierre, immobile, de glace et de bois, brisée par les doutes, le vide des questions incessantes, le trou béant d'un cerveau sans repère....

Mille fois cette interrogation "qui suis je" et mille fois le silence méprisant quand la réponse n'existe pas...

Ces peurs qui torpillent, qui fusillent, clouent et jugent, il en parle tellement bien dans ce livre, j'avale l'encre de chaque page, j'en savoure encore l'illusion...il est MOI, il est comme MOI, ou je suis comme LUI, peu importe, je ne suis plus seule...

A ce moment précis, je me rappelle m'être dit "plus jamais je n'aurais peur de vivre" comme lui a réussi à le faire...

Il a fallu du temps avant de les museler, une à une, les faire taire, car elles sont bruyantes, coriaces, sans scrupule, invisibles, fulgurantes....

Il a fallu autours de moi beaucoup d'amour, de soutien et de patience pour ouvrir la cage, jeter les clés....

Quand je regarde ces moinillons, l'émotion me transperce, derrière l'innocence, je vois de la sécurité, de la témérité, à l'intérieur, droit comme un "i"....

Aucune liberté ne peut survivre dans la peur...je sais à présent que je ne suis plus seule, il y a du monde dedans, dehors, partout...

Je te donne la main, je t'accompagne, je suis tes pas, tu suis les miens, nous coupons la tête des peurs encore présentes, les unes après les autres, nous sortons de nos ventres l'enfant terrorisé pour l'entourer de nos bras amoureux...nous commençons l'écriture d'un chapitre inédit, dans la folie de l'instant et l 'impertinence d'être libres....

Photo prise au Zanskar

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