Tous les droits...

Gare TGV Marne la Vallée. Me voilà bloquée pour un bon moment. je trouve une place assise.

Et j'attends. L'heure. Mon heure. Puis la tristesse pose une valise, deux valises, ça y est, elle m'empoigne. A chaque départ, elle me guette, parfois j'y échappe; Pas cette fois.

Faut dire qu'elle a de la place, pour s'incruster, et du temps, pour se poser, mais je ne la laisserai pas faire. Tout juste pourra t'elle m'effleurer, m'attendrir, me caresser puis partir, doucement, insidieusement...

Juste une présence, me dire qu'elle est là, qu'il est normal qu'elle le soit, ne pas m'affoler, ne pas s'y accrocher...elle est là parce que mon cœur bat, se bat, s'émeut, gambade, se balade, grimpe aux arbres, joue à cache-cache, se joue des bavardages, mon cœur vit, trépigne, s'envole, s' accroche et se décroche, bulle d'air, bulle d'eau de pluie et de mer, guimauve multicolore, mon cœur parle, avec des mots, avec des rires, avec des vides remplis d'amour, mon cœur s'apprivoise, apprend, s'éprend, de ce qui touche, de ce qui fait mouche, tombe, foudroie sans souffrance...mon cœur se met en marche, debout ou à quatre pattes, avance les yeux bandés ou grands ouverts, s'attache sans être cloué, racines saines d'un tronc épuré...

Mon cœur a le droit. D'être triste. Parce qu'il s'éloigne de Toi. Des moments de délice. De partage. De douceur. Des silences complices. Des minutes chantantes, pétillantes, vivantes. De tout ce qui donne sens. à la suite du parcours, du chemin, des routes à prendre. Pèlerinage. Rendez vous avec moi même.

Mon cœur a le droit. D'espérer. D' acclamer. De fêter. La nouvelle ère. Celle de l'amour, du lien, de l'engagement sans signature, des corps à corps, paumes à paumes. La liberté dans mes narines, pas assez respirée pour la sentir vraiment...

Mon cœur aveugle, aveuglé, de peurs, de désespérance, a trouvé ce qu'il y avait, juste à coté, caché dans l'ombre, un trésor...

Mon cœur a le droit. Au chagrin. Au trou d'air, à l'apnée. Passage de luxe. un ticket pour l'aller. Le retour pour plus tard, celui des éclats et des rires.

Mon cœur a le permis. Permis de conduire à vide, le temps d'un soupir, d'une traversée en haute mer. Conduire à plein. Plein temps à aimer. Terre plein, terre promise, celle sous mes pieds. Ancrés. Enracinés.

Permis d'errer, prendre son temps, se perdre, s'extasier, mon cœur a tous les droits.

Ouverture des vannes, des écluses et des ports d'attache.

Si ce soir, il se fendille, se déleste de quelques larmes, frissonne de froid, s'il réclame, s'abaisse et s'affaisse, c'est parce qu'il a été touché de plein fouet par la grâce d'aimer...

Mon cœur a tous les droits...

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