L'enfance en équilibre

Je m'agite, je me retourne, je ne dors toujours pas, le sommeil résiste...

Je sens à l'intérieur de moi quelques coups de pieds, une incision, un coup d'épée,

Quelqu'un s'agite, bafouille quelques signes que j'entends,

J' accueille, je cueille, je pose la chaleur de mes mains sur mon ventre,

J'approche de mon visage l'odeur d'un parfum qui m'est cher,

J'enveloppe mes bras autours de ce corps familier,

Je lui glisse la douceur de mes mots, je lui parle d'amour,

Je le saoule d'amour, je l'abreuve d'amour, cet enfant de l'oubli,

Et mon corps se déplie, s'agrandit, lâche prise, comme une virgule sans le point,

La douleur du manque perd de sa virulence, je grignote le vide,

Le vide de l'absence, d'abord autours, puis dedans,

Je le cisaille, je le remplis d'amour, mes paupières s'affaissent,

La paix s'empare de moi, le bébé que j'étais est enfin sécure...

Me reviennent alors en mémoire les souvenirs d'un parcours bancal,

Tour à tour à vouloir être les Autres, puis le Nous, puis les Autres,

Si peu Moi, si souvent Eux, des successions sans fin de Nous sans le Moi,

Car Moi je n' existais pas encore, j'étais dans le nul part,

Propulsée dans le ciel de mon imaginaire, mes doutes et mes désenchantements,

J'étais de tous les costumes, toutes les parades et les esquives,

En accord avec tout, tout le monde, autant dire, sans accord....

Le buste droit, la tête haute, l'imposture était parfaite...

Mais sans odeurs, ni saveurs, sans couleurs ni frémissements,

Sans sensations ni larmes aux yeux, le cœur à sec...

Une place invisible, comme une ombre qui s'effiloche à la moindre brise,

Qui se dissout, tel un sucre effervescent, au gout amer du non amour...

Le corps en bascule, et personne pour le remettre d'aplomb,

Tour à tour à être l 'Autre et les Autres, pas de guide pour être Moi,

Je me suis laissée engloutir par des histoires qui ne m'appartenaient pas...

Et un jour, une minute, un chant d'oiseau, un rayon de lumière,

Un papillon sur l'épaule, un sourire, une pépite dans d'autres yeux,

Un jour, la délivrance, le Moi qui se répand, qui se met en marche,

Un pas après l'autre, s'agrippant à l' Amour donné, source miraculeuse...

La chaise à quatre pieds...pour une éternité...

Comme cet enfant, bras vers les cieux, regards fous d'espoir,

La renaissance en guise de chemin...

Photo prise au Tibet

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