Je me souviens...

Il faisait déjà chaud ce matin là, et une envie subite me pris, monter le Mont Ventoux à vélo...

Je n' y étais nullement préparée, ni physiquement, ni psychologiquement, hormis quelques belles randonnées alpestres récentes, et une énorme motivation...

Motiver à me prouver que j'en étais capable ? surement un peu de ça...grimper le géant de Provence, ce lieu mythique du Tour de France, au cours duquel tant de destin se sont faits, défaits, tant de déroutes ou d'exploits, tant de sueurs et souffrances, je crois bien que j'avais envie de tout ça en même temps, un condensé émotionnel, un puits de douleurs en prévision....

Direction Bédoin. Je gare mon véhicule, enfourche mon vélo et me voilà partie pour quelques heures de montée, entre 3 et 4...si j'arrive au bout.

Je me mets à siffler, je souris, je ricane, je me régale du paysage, la vie est belle, d'être ici, je sais que des milliers de personnes aimeraient être à ma place...la pente est légère au début sur quelques kilomètres et je me surprends à me dire "facile" ...puis je ne rigole plus, je me concentre, sur mes pédales, sur la position de mes mains, sur la route et sa pente, les petits arbres ont laissé place aux conifères, la forêt majestueuse est là, de part et d'autre de la route.

Les bornes kilométriques se font de plus en plus longues à arriver, les pourcentages commencent à faire mal aux jambes, je pioche comme on dit dans le jargon.

L'orgueil du jour m'interdit de mettre pied à terre ne serait-ce qu'une minute alors je serre les dents, je serre mes mains sur les poignés de mon guidon, mes fesses me sont mal, je me déhanche comme je peux afin de trouver une place plus confortable.

Puis après une heure de montée, je lâche un peu la pression de la performance inutile, et je mets pied à terre histoire de reprendre mon souffle. Des vélos me dépassent, certains tout aussi fatigués que moi, d'autres plus fringants. je n'ose pas penser à tout ce qu'il me reste à faire encore...Allez, je redémarre, heureuse de cette courte halte, mais très vite ça brule dans les cuisses, j'ai du mal à tenir ma trajectoire bien droite car ma vitesse est lente.

A plusieurs reprises, je me demande ce que je fais là, quelle mouche m'a piquée, vais je y arriver....les conifères se font de plus en plus rares, la végétation change, la chaleur rend la montée encore plus difficile, je m'asperge d'eau comme je peux, je croise des vélos qui redescendent à très vive allure, comme je les envie !!

Je m'arrête à nouveau, les fesses ne tiennent plus sur la selle, ça fait 2 heures que je suis dessus, je mesure ce que veut dire monter le Ventoux...

Après 4 virages très serrés et une pente qui avoisine les 10%, j'aperçois le sommet, à porté de mains, à porté de yeux, mais l'illusion est parfaite, il me reste encore 6 kms à faire...une broutille en voiture, une éternité en ce jour !

Ma tête prend le relais, compte les mètres, scrute la prochaine borne à venir avec anxiété quand il s'agit de lire le pourcentage de la pente...la végétation a disparu, il reste des cailloux, à droite, à gauche, et une immense vision lunaire blanchie par le soleil.

Les derniers kilomètres sont éternels, la douleur est profonde, le corps crie sa souffrance, mais je tiendrai jusqu'au bout.

Et j'ai tenu, j'y suis arrivée, sur cette lune terrestre, une sensation de fierté indescriptible, une vue panoramique grandiose, un gout inégalé de victoire personnelle qui, je le sais, ne servira à rien, mais quand même....

Mes jambes ont du mal à me porter, je reste encore quelques minutes pour savourer cet instant si particulier...la descente fut un régal, même s'il a fallu à plusieurs reprises refréner mes ardeurs, le danger est bien présent...

J'ai mis plusieurs jours à me remettre de cette ascension, et j'en garde le souvenir émerveillé d'un défi que l'égo m'a fait faire un jour de mauvaise météo intérieure...

Comment lui en vouloir...parfois ça me reprend, ca me chatouille à nouveau, cette envie de challenge, de défi, et très vite j'abandonne l'idée, je ne sais plus faire tant de mal à mon corps.

Photo prise lors de mon ascension.

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