les pieds de coté...

Je marche à coté, et j'aimerai faire mieux, faire plus,

Mais mes pieds dérivent, dérapent, aucune accroche sous mes semelles,

La terre s'ouvre, s'écarte et m'engloutit. Au centre du monde.

Cratère bouillonnant de toutes mes contradictions.

La semelle de mes chaussures n'y survivra pas.

Je marche à coté. Du chemin. De la trace.

De la trame qui se dessine au fil du temps, celle qui m'a été promise,

De l'histoire. Du présent de la vie qui se compte en secondes,

En millièmes de secondes, en particules qui s'envolent,

Infinies et éphémères en même temps...

Je marche à coté. Du précipice vertigineux.

Pas méticuleux qui m'évitent de m'écraser au sol,

Le corps en équilibre, un fil tendu au dessus de ma tête, le ciel en miroir...

Je marche à coté. Du sillon sablonneux, parsemé de coquillages,

Humeur salée, l'iode est enivrante, le vent me saoule,

Je fais ce que je peux pour ne pas sombrer au creux de rouleaux hypnotiques...

je marche à coté. De mes souvenirs. De l'histoire fragmentée.

Puzzle incomplet. L'amnésie en tête. Mais pas celle du corps.

Car lui se souvient de tout, il se souvient et lâche quelques mots,

Quelques maux, quelques soupirs, quelques brulures...

Je marche à coté. De ce corps ami, longtemps ennemi,

Incompris, inconsolable, pris dans le tourbillon de la rage, inaudible...

Les oreilles prises au vent, aucun son ne s'entend, surdité de l'absurde,

Mais pouvais-je faire autrement...

Je marche à coté. L'ombre est en pente. La verticalité instable.

Le chemin semble raide, la crête aride et lointaine,

Ma volonté s'y colle, s'y attèle, le devoir en appel,

Elle s'étire, se fatigue, balbutie, boit la tasse, mais ne flanche pas.

Ma volonté fera face. Fierté de l'accomplissement.

Elle porte, supporte, déporte parfois, dévie de son itinéraire et se perd.

Mais elle est si forte qu'elle accepte toutes les consignes,

Ordres et contre-ordres, elle est au garde à vous, rigide et droite,

Aucune fêlure apparente, le blanc immaculé du sans faute absolu...

Je marche à coté. D'un fil métallique, tendu à l'extrême, d'une cime à l'autre,

D'une rive à une autre, d'un univers imaginé à la réalité désenchantée.

Le vide n'est jamais bien loin, je lui fais un joli pied de nez...

Je marche à coté. Funambule désarticulé qui a perdu le fil,

Le fil de la maille, celle qui réchauffe en plein hiver,

Tricotée avec amour, pour mes mains et mes os tétanisés.

Je marche à coté. Pour un jour réussir à marcher dessus,

Bien à plat. Bien en face. Alignement parfait.

Un jour, je marcherai. Droit.

 

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