Mon histoire avec Madeleine...

Celle qui fond sur le bout des lèvres, timide lorsque le souvenir s’installe

Celle qui trépigne d’impatience, trop longtemps étouffée par mes interdits,

Celle qui s’invite autour d’une croche, d’un silence, sur une portée d’un morceau joué avec amour,

Celle qui me rend humble, généreuse, de l’eau au fond des yeux,

Ou celle qui poignarde, par tant d’évidence et que j’avais oublié, mes sens emmurés…

Madeleine, avec Proust comme bonne compagnie, tu es mon amie intime,

Celle contre laquelle j'ai envi de me blottir, sangloter...

Que ne ferais-je pas pour  te saliver encore un peu, encore une fois,

Lorsque ma vie au présent m’accable et me fait baisser les yeux,

Qu’il est bon de te savoir là, dans chaque bulle d’espoir de ce corps vieillissant,

Qu’il est bon de te humer, paume tête en l’air, le cœur à l’envers, la joie à l’endroit,

Qu’il est bon que tu aies vécu, survécu à l’oubli de ce temps omnivore,

Et à toutes ces promesses dites et non tenues.

A toi Madeleine, de Proust et d’ailleurs, à ce que j’ai un jour dévoré par amour,

Tu toques, tu frappes à la porte de mes souvenirs, virevolte au gré de vents porteurs,

Tu me rends l’insouciance, le désir, la beauté et la vie,

Quand la raison me voudrait sage, silencieuse, impassible,

Tu kidnappes la logique, le sang-froid, l’ennui, les probabilités, les « toujours »,

Pour me saouler de parfums, de saveurs, couleurs, odeurs,

Des fruits pressés et pulpés, des croissants beurrés et fondants,

Des tartines sucrées, du chocolat chaud brulant, des gâteaux mitonnés,

Des tartes quatre saisons croustillantes, des complicités cachées,

Des sourires gratuits, bienveillants, des fous rires potaches et des repas dominicaux,

Des promenades fruitées dans le bois d’à côté, des odeurs de sel et le cri des mouettes,

Qui n’a pas sa madeleine, son coup de sang, sa seconde de vertige, son ange qui passe,

Qui n’a pas été cloué dans son ADN par les vestiges du passé ?

Et qu’elle revienne, Madeleine, autant de fois qu’elle le veut,

Qu’elle revienne adoucir les instants à venir, entrebâiller la porte de l’innocence,

Déverrouiller les certitudes encombrantes.

A toutes ces Madeleines, parfois oubliées, enterrées, malmenées,

Témoins de mon passage ici...

Cordon ombilical de ces moments tant aimés….

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